L'intention
Chez Safran, les ingénieurs décarbonent les moteurs avec une rigueur impressionnante. Pendant ce temps, les usages numériques internes grossissent sans aucun frein : on stocke plus, on diffuse plus, on multiplie les outils et, depuis peu, on sollicite l'IA à grande échelle. Ce n'est pas une contradiction, c'est un angle mort. Mon mémoire part de là.
Le numérique pèse environ 4,4 % de l'empreinte carbone de la France, et ce sont désormais les usages qui comptent autant que le matériel. Pour une direction de la communication, qui produit et diffuse des contenus en continu, c'est un vrai levier d'action.
Un contenu pertinent n'est pas celui qui est publié, mais celui qui est vu, compris et utile.
La démarche
J'ai choisi une méthode chiffrée plutôt qu'un plaidoyer. Je suis partie des mauvaises pratiques de communication numérique identifiées par l'ADEME et j'ai mesuré leur triple coût : financier, environnemental et humain. J'ai ensuite vérifié lesquelles existent chez Safran, compris pourquoi l'organisation n'agit pas davantage, puis chiffré ce que rapporterait leur correction.
Six pratiques ont été passées au crible :
- les formats vidéo lourds ;
- les pièces jointes envoyées à la place des liens ;
- le stockage non trié et les données dormantes ;
- la sur-diffusion et l'infobésité ;
- l'usage non raisonné de l'intelligence artificielle ;
- la multiplication des canaux et des outils.
L'enquête repose sur six entretiens internes (Climat et Environnement, gouvernance de la DSI, pôle éditorial, transformation Finance, adoption digitale) et un entretien avec un chargé de mission sobriété numérique de l'ADEME.
Ce que montrent les chiffres
Le gain total est estimé à environ 516 000 € par an, dont près de 6,5 tonnes de CO2e évitées. Deux pratiques portent les deux tiers du gain financier : l'usage raisonné de l'IA et la lutte contre l'infobésité. Aucune action ne demande d'investissement lourd. Ce sont des changements d'usage et de paramétrage.
Ces gains ne viennent pas tout seuls. Il faut une fonction qui anime, outille et accompagne le changement : l'animation de l'intranet et d'une communauté de communication frugale. Rapportée à un poste dédié, cette fonction affiche un retour sur investissement de l'ordre de 6, avec un délai de retour inférieur à deux mois.
Je l'assume avec honnêteté : ces montants reposent sur des hypothèses sourcées, qui devront être confrontées aux données réelles du groupe. Je préfère cette transparence à une fausse précision. Sur un sujet aussi exposé au soupçon de greenwashing, c'est la rigueur qui fait la différence entre une intention et une preuve.
Ce que j'en retiens
La transition n'est pas d'abord un problème technique, c'est un changement de regard. La méthode est transposable à d'autres organisations : chiffrer le triple coût, lever les freins par la preuve, ancrer le changement grâce à la communauté. Et la prochaine question est déjà là : non pas comment produire plus vite grâce à l'IA, mais comment choisir les usages qui méritent d'y recourir.
Merci à Olivier Leclerc, à Beate Lippold, à Maholy Andriantsitohaina et à toutes les personnes interrogées chez Safran et à l'ADEME. Leur parole de terrain est la matière première de ce travail.

